Massimo Furlan est un artiste pluridisciplinaire qui aime fabriquer des images, des tableaux vivants, dans lesquels le regard se promène, en observe l’étrangeté. Dans ce projet Blue Tired Heroes (les vieux héros fatigués), le spectateur découvre une dizaine de Supermans, en plein cœur du festival, marchant dans la ville, déambulant dans les bâtiments publics… Les interprètes ne sont pas des acteurs, bien au contraire. Ce sont des gens tout simplement.
Superman est née en 1933. Depuis, le personnage de Clark Kent est resté figé dans son éternelle jeunesse de « super héros » en enchaînant les décennies de gloire. Mais qu’en serait-il s’il assumait enfin son âge réel ? Avec, comme seuls accessoires, un pyjama bleu et un slip, des chaussettes une cape rouges, Massimo Furlan répond à l’interrogation en lâchant dans la ville un étrange commando d’une dizaine de seniors qui investissent l’espace public. Soit des corps vieillis et des visages ridés bousculant notre imaginaire pour montrer, avec humour, l’évidence du passage du temps. Incarnés par une dizaines d’habitants volontaires, ces « héros bleus fatigués » jouent avec humour et autodérision, de leur âge et de leur image bien éloignée d’une carrure de culturiste. Ils composeront une série de tableaux vivants et décalés au fil d’un parcours scénarisé.
Dans la continuité d’une série de travaux expérimentés dans l’espace public autour de la figure de Superman (Superman Cosmic Green, Love Story Superman), Blue Tired Heroes interroge la notion de figure héroïque et le phantasme du surhumain admis dans l’imagerie populaire, en y substituant une incarnation profondément humaniste du temps qui passe. Drôle, intense, tendre et plastiquement soignée, cette déambulation extraordinaire d’hommes ordinaires nous en dit beaucoup sur la capacité du « super héros » à sauver le monde (ou l’Amérique). Par un sourire, un éclat de rire, une vision burlesque et une appropriation poétique et collective de l’espace public ?


